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  △ et valser au bord du vide.

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Niwie en Or et Femme de BATMAN
Niwie en Or et Femme de BATMAN
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MessageSujet: △ et valser au bord du vide.    Sam 11 Mai - 22:12

Pozar a écrit:



et valser au bord du vide.
(pozar&ink)




Il est quatre heures du matin.
Perché sur le rebord d'une fenêtre, tu observes l'horizon qui s'étend à tes pieds. Le palais des bains et, à moitié caché par l'imposant bâtiment, ses jardins tous plus somptueux les uns que les autres avec ses labyrinthes et ses serres où l'air est toujours chaud. Le centre-ville, ses restaurants et ses fameuses rails où on se retrouve bien trop souvent à attendre les pieds dans l'eau. Et puis, gigantesque, majestueux et sans limite, la mer royale. Cette immensité monstrueuse d'océan qui paraît infinie. Tu as déjà songé à plonger dans cette eau si bleue, ô si douce tentatrice. À plusieurs reprises même. Mais tu te tiens en accroupi sur cette fenêtre et tu ne l'as toujours pas fait. Un jour, qui sait. Quand tu en auras eu marre de cet endroit. Avec l'habitude du geste, tu descends de ton perchoir et progresses sur les toits plats de la cité de Yubaba. Tes pas sont caresse, ta silhouette est ombre, ta respiration est silence et tes iris sont feu. La flamme danse dans ton regard, parfait reflet de celle qui, au bout de ton zippo, subit les assauts répétés du léger vent qui souffle sur ta cité. Inébranlable petite flammèche que la brise maltraite. Naît de ta main, de ton sang, de tes veines. Elle te doit sa vie et sa force. Elle est ton œuvre. Elle est ta maîtrise. Elle est ta pyrokinésie. Et elle meurt lorsque le clapet de ton zippo se referme à la seconde même où tes pieds touchent les pavés du centre-ville. Tu as parcouru le chemin familier des toits avec lenteur, contemplant la cité de Yubaba avec un regard où aucune lueur ne pétille. Un regard habitué, presque blasé. Tu la connaîtras bientôt par cœur et tu t'en lasseras aussi vite. T'es comme ça toi, inconstant.

Tu traverses la ville dans le noir le plus complet. On dirait bien que mademoiselle la lune a décidé de jouer une partie de cache-cache avec ces messieurs les nuages ce soir. Ton précieux zippo a regagné la chaleur de la poche de ton baggy et le silence de la nuit s'enveloppe autour de toi. C'est inhabituel. Presque reposant. Et on ne perçoit pas le sourire énigmatique qui grignote tes lèvres dans la pénombre des rues que tu parcours. Il te faudra une bonne heure pour attendre le lieu de rendez-vous que tu t'es fixé. Rendez-vous au clair de lune. Avec ta délicieuse adrénaline. Tu fais un pas en avant et l'air frais, presque trop, te saute au visage. Il te giflerait presque tellement la bourrasque est puissante. Mais tu n'as pas froid. Le feu brûle en toi. Tes veines sont feu, ton sang est incendie. Tu es pyrokinésie. De ta démarche féline, tu t'approches. La falaise te tend les bras dans une étreinte ensorceleuse et tu continues d'avancer. Toujours plus, toujours plus près. Trop près. La roche s'effrite sous tes pieds, les cailloux roulent et frappent la surface de l'eau. Ton visage est impassible, ton corps ne tremble pas, l'océan de tes yeux est calme. Nostalgiquement posé sur l'infini de la mer royale. Tu songes à la chute. À ta chute. Tu te demandes si tu auras mal, vraiment mal. La dangereuse tentation du bord de la falaise te fais te pencher encore un peu plus vers l'avant, le vent frais se glisse dans tes cheveux les ébouriffant toujours d'avantage, l'ivresse du vide hérisse les poils de tes bras, tes orbes céruléens s'illuminent d'un éclat nouveau, l'aube pointe le bout de son nez. Il est six heures.
Un rire t'échappe.

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    Pozar & Ink
    « NUL NE VOUDRAIT MOURIR, NUL NE VOUDRAIT RENAÎTRE. (Voltaire) »

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    Dix heures.
    Dix petites heures de par lesquelles tu as réussis à atterrir dans cette citée surpeuplée nommée Yubaba et dont les habitudes et les mœurs te seyaient à la plus parfaite des perfections, même malgré toute ce dégoûts immonde se nichant en ton cœur, pour elle. Pour eux. Et, immobile tel la plus parfaite des gravures de maitre, tu semblais comme léché par ce soleil trop haut perché, ardu de ses rayons balayant avec tant de simplicité chacune de tes belles courbures floutées par tes drapures de soies brodées. Tes membres réchauffés par cette chaleurs en tout point similaire aux assauts ravageurs de flammes sur ta tendre peau, tu semblais pourtant couver milles et unes tempête en ton sein. Ta paume, telle la caresse d'une plume sur un ouvrage inestimable, s'attarda sur les étoffes toutes plus belles les unes que les autres et s'offrant alors à ta poigne sur l'étendoir qui semblait te narguer depuis bientôt plus d'une heure. Tel était le prix à payer pour ta prochaine création, œuvre relevant de l'art lui-même et qui, sans aucun mal, pourrait faire blêmir toute Royauté digne de ce nom. Mais en tant que créateur, qu'auteur, le choix t'étais ardu, et tout ton être semblait se diviser face à cet affront, plaidant l'un des deux partis de ces deux belles étoffes couteuses que tes orbes couleur miel sombre dévoraient ardemment. Un feulement résigné t'échappas, puis, ton nez plissé par un sérieux nouveau, tu te décidais enfin à faire les yeux doux au cure dent semblant servir à juste titre de caissière. Tes intonations neutres, comme dénuées de quelconques sentiments, résonnèrent, couvrant les chuchotis peu discrets emplissant la belle boutique. « — Je prendrais ces deux-là, lui annonçais-tu, montrant tes futurs biens d'un index légèrement arqué sous la rapidité du geste. Sur quatre mètre, merci. » Repartant de ton pas assuré du haut de tes escarpins serrés à en crever, tu semblais prendre un malin plaisir à marteler chaque dalle de chaque boulevard pollué s'offrant à ta rage asociale. Comme si en ce simple fait, dont toi seul semblait en faire les frais, tu leurs crachaient à eux, à tous, ton irritation insatiable et mesquine. Comme pour creuser un peu plus l'écart qui te séparais de cette agitation stupide, sous prétexte que, toi, tu n'étais pas d'ici. Et pourtant, toi, petite chose infiniment humaine et ingrate, le regard durcis par la certitude, tu virevoltait dans l'air saturé de cette fameuse ville réputée pour son effervescence sans faire tache le moins du monde dans ce décors festif. Et tu le savais. Tu savais que cet homme rayonnant de son sourire made in Colgate, que cette femme drapée de sa parure moulante, que ce gosse aux yeux trop largement déployés sur cette immondice de seconde vie ; auraient pu être toi. Et en cet instant, tout te semblait recracher tes erreurs passées. Ton plongeon loupé, royalement avorté. Et cette ironie qui fit de toi ce que tu es. Un monstre du genre humain, les attributs virils et cette paire de boobs en supplément.

    Soudainement, le bruit du clocher en contrebas sembla t'ébranler bien plus que ces quelques bons samaritains, et, n'aillant pas le cœur à la fête, tu te décida à perdre ton temps dans cet édifice créer par l'Homme pour se rassurer lui-même. Les deux genoux au sol, baigné de ce silence pour le moins religieux, tu te perdis dans ta litanie, perdant le fil des secondes, des minutes et des heures. « — Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Amen. ... » Ce ne fut que le soir venu que, encore une fois, tu te redressa sur tes jambes endolories par la position inconfortable, époussetant les pans de ta propre parure princière.

    Passant les battants du lieu saint, ton allure raide par tes membres ankylosés, tu juchais nouvellement l'horloge murale qui t'en faisait presque peur par son imposante taille dont tu ne voulais guère imaginer les effets une fois tombée sur la carcasse d'un pauvre humain tel que toi. Reprenant le sentier en sens inverse, sous ce ciel dénué d'astre, tu pris enfin goût à la méditation et à la nature t'avoisinant. Tu semblait à la fois présent, et à milles lieux de là, tes sacs sous le bras et tes talons hauts s'enfonçant un peu plus dans la terre molle. Tu n'aurais très certainement pas sus répondre du pourquoi du comment d'un tel trajet, mais la vaste étendue limpide s'ouvrant devant toi fut d'un effet terrible sur toi. Et tu le savais, aussi bien que malgré tout ce temps passé en ces terres nouvelles, tu n'avais eus de cesse d'éviter toute chose te rappelant ton passé. Mais, tel tes pulsions suicidaires et humaines, ton subconscient n'avait de cesse de te ramener aux pires éléments déclencheur. Parce que le naturel de l'Homme veut que celui-ci soit du genre masochiste. Et ta seule erreur fut d'être humain. Te perdant un peu plus dans tes songes fatalistes, l'attraction entre ta plus grande peur et ton être se multipliant à une allure folle, tu finis par poser ton regard sur cette tâche étrange cassant si bien ta solitude morbide. Une silhouette, semblant fière et immobile face à la brise marine fouettant ta robe ainsi que ta tignasse infinie à sa guise, les épaules larges face à ta frêle stature androgyne, le pas fermement encré face à tes pauvres godasses niquées jusqu'à la semelle de cette boue molasse, la chevelure pareil aux champs de blés indomptables en plein été face à ta teinte terne et incertaine. Tout chez cet être te criait de prendre tes jambes à ton cou, de ramasser tes cliques et tes claques et d'oublier toutes ces différences qui faisaient de lui ce que tu ne serait jamais.
    Un Homme.

    Et pourtant, quelque chose d'infime chez lui te poussait à rester là, l'observant dans ce silence bercé par la houle s'écrasant contre les rochers en contre bas. Peut-être était-ce sa façon névrosée d'approcher trop maladivement du bord, laissant les répercutions des cailloux percutants le roc meurtrir tes sens auditifs. Pourtant, tu n'étais pas du genre bon samaritain à sauver la veuve et l’orphelin ; et encore moins du genre à venir en aide aux suicidaires. Bien loin de là la vérité, même. De tous ce serait plutôt toi le suicidaire. Et d'ailleurs, si tu n'avais pas été aussi futilement humain, te serais-tu oser à lui quémander cette ultime faveur ? Ces simplistes mots te bouffant si durement de l'intérieur. Cette simpliste phrase, unique, t’engourdissant la langue de façon si farouche. « — Dis, si je te poussais, m'entrainerais tu dans ta chute ? » Mais jamais ils ne franchirent la barrière de tes lipes.
    Au lieu de quoi ton humour vaseux repris ses droits.

    « — Si tu sautes, moi je saute pas vrai ? Minaudas-tu de ta voix bien trop caverneuse, te déchaussant de tes loques d'un geste rageur. Un ange passât. Pardon, c'était mal trouvé, excuse-moi. Tes yeux ne semblaient qu'attendre les siens pour s'y perdre un instant. Je ne sais même pas nager, de toute manière. »

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      Pozar & Ink
      « NUL NE VOUDRAIT MOURIR, NUL NE VOUDRAIT RENAÎTRE. (Voltaire) »

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      « — On a pas besoin de savoir nager pour aller se fracasser sur l'océan. »
      Tes quelques mots prononcés moururent sous la litanie des vagues colériques, mais je n'en eus cure. Cure comme s'ils entraient par l'une de mes deux oreilles pour ressortir aussi vite par sa condisciple. Cure, parce que je venais subitement de trouver un objet infiniment plus entrainant. Et, plissant mes propres orbes de miel fondu, pris d'un entrain nouveau, je me perdis dans ces deux puits vastes et profond. Comme bordés d'un azure aux milles teintes, farouche et tentateur, presque sauvage, provoquant au plus profond de mon âme des remous bien pires que le fracas des vagues en contrebas ; l'angoisse. Cette petite chose ingrate, vous bouffant de l'intérieur, hérissant vos poils sur votre épiderme, écarquillant vos yeux d'attente malhabile, vous scotchant sur place sans qu'un geste ne puisse être esquissé. L'attente, l'adrénaline, et l'excitation d'avoir trouver quelque chose de nouveau pour vous divertir admirablement. Et mes iris plantées dans les tiennes, j'eus presque peur de m'y perdre. J'aurais presque ris à la pensée que « pour celles là, mieux valait savoir nager » mais rien, même pas ça, ne semblait suffisamment puissant pour me sortir de mon stoïcisme. Rien ne pouvait faire dévier mes orbes mielleuses de tes deux lagons, rien. Ni ton sourire incandescent aux reflets ironiques, ni mon pouls violent et semblant vouloir fracasser ma cage thoracique pour un peu plus d'espace, ni ton tons indéchiffrable et pourtant si plaisant, ni ma main malhabile suspendue entre nos deux corps ; à la fois quémandeuse et apeurée. Tout chez toi me gueulait de rester sur mes gardes, et je me surpris soudainement à me demander quel pouvaient être tes sens extraordinaires, à toi.
      « — Peut-être bien, mais pour peu que j'me loupe une fois en bas, y'a des chances que mon instinct reprenne le dessus. Tu sais, le genre à vouloir remonter à tout prix, histoire d'échapper à cette fin si vaine dans ce monde trop vaste. C'est ce que font les pauvres gens comme moi, en général. Ils subsistent comme ils le peuvent quand vient le temps de l'entre deux. Vie ou mort. D'ailleurs, avons-nous réellement besoin de savoir nager pour survivre dans une eau à moins un degré ? Moi, je ne pense pas. L'air sembla alors me manquer quelque peu. »
      Penchant légèrement ma tête sur le côté, je laissais mon subconscient se mêler au balais de la brise valsant à un rythme endiablé avec ma tignasse redoutable, comme si ce simple fait pouvait représenter une quelconque mise en garde à tes yeux. Comme si ton feulement guttural m'étais resté en travers de la gorge. Mais peut-être ne verrais-tu là que le vent implacable jouant une danse banale, somme toute. Peut-être que tu ne distingueras pas les quelques pointes rebelles se tordant en un angle étrange pour les circonstances. Peut-être. Un sourire tendrement esquissé - mêlant incertitudes et malaise - étira mes lèvres fines sur ces quelques pensées. Comme pour t'insuffler quelques demandes muettes. « épate moi » Oui, j'avais toujours été joueur, mais marcherais-tu dans ma danse ? Mes paupière doucement refermées, ma mimique s'effaça aussi vite qu'elle était venue, alors que mon geste indubitablement esquissé vers ton corps - anciennement bandé par l'effort de l'équilibre - se délia, s'abaissant doucement le long de mes formes si scandaleuses. L'oiseau indomptable ne filera pas entre les pattes de celui qui sait retenir son attention. Tels avaient été mes pensées sous la levée de la plante de tes pieds. J'en aurais presque eus honte. Mais, immobile un instant, même cela sembla me passer au dessus lorsque d'un geste lasse je fis rouler mes épaules lâches, tentant vraisemblablement et vainement d'effacer la vision de ces trois petites raies barrant si impeccablement tes joues. Si petit détail t'insufflait pourtant que plus de cette aura sauvage que chaque pores de ma peau semblaient vouloir absorber en grande quantité. Plaisir malsain. Comme si cela m'aurais suffit pour te voler ce qui faisait de toi ce que je n'étais pas. Et le songe de la rudesse de ta large mâchoire, masculine, me fis grincer des dents. Comment le monde pouvait-il être aussi imparfait ?

      Rouvrant mes yeux incisifs sur tes iris lacunaires, un entrain nouveau fit vague en moi. Bien que je ne puisse gommer la gravure de ma main subitement tendue vers ton être se balançant au dessus du vide, comme tentateur et narguant notre Père originel, les talons jouant malicieusement aux lisières de la frontière interdite. Quelques mots, venimeux, m'échappèrent littéralement, me faisant regretter leurs encoches aussitôt.
      « — Qui es-tu, toi, pour te jouer de la vie comme cela ? »
      Je venais de fauter, oui et étrangement, je me surprenais à attendre la réponse avec impatience et audace. Toi, simple Homme bravant les cieux, aurais-je sauté si tu me l'avais demandé ? Cette éternelle question se répétait en boucle depuis la première fois où j'eus poser les yeux sur toi. Peut-être que j'avais renifler à milles lieux que tu n'aurais pas été comme les autres, oui, et fort malgré la moitié de vie que j'avais eus à subir, fort malgré ma cinquantaine d'année derrière moi ; je me complaisais à ressentir une fois encore cette angoisse pareille à un microbe violant mon organisme, m'infligeant quelques soubresauts. Mais moi-même plus que les autres, je n'aurais su dire si cela relevait de la peur ou de l'envie. Et cette fois, mon rire s'éleva vraiment, brisant le quasi silence nous couvant tous les deux de ce son fort peu cristallin.

      Et si mes yeux se donnaient l'ordre de ne pas changer de cible, de reste infusés dans ces deux lagons azures, c'était pour mieux oublier cette Mort s'inscrivant alors sous forme de décompte. Il aurait été fâcheux que mes particularités, à moi, puisses me gâcher toute quelconque surprise si généreusement donné par le hasard.

      Parce qu'après tous, qui de toi, de moi, ou bien même de nous, finirait à l'eau ?

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        « T'auras les os briser en mille morceaux quand tu t'écraseras sur l'océan. J'pense que les moins un degré, t'en auras un peu rien à foutre. Et tu songeras plus à faire cesser la douleur qu'à vouloir remonter à la surface pour respirer une si précieuse bouffée d'oxygène. Un large sourire s'installa sur mes lèvres purpurines lorsque le terme « foutre » atteignit mes pauvres neurones émoustillés.
        Hum, pas faux. Mais il paraitrait que le froid anesthésie la douleur, alors qui sait ? Je pense que tu serais bien étonné de voir ce que peut accomplir un homme au pied du mur, ou bien face à lui-même. Un sourire naquit sur mes lips. Puis, tu sauras être l'homme de la situation, n'est-ce pas ? Tu n'hésiterais pas à sauter, rassure moi. Je marquais une courte pose, me perdant au fil de mes réflexions. Encore faut-il y réchapper, à cette chute. Ce qui relève déjà de l'exploit, j'imagine. Alors, en prenant ce détail en compte, quel est le pire entre la chute et le choque une fois en bas ? Ramenant une mèche derrière mon oreille, j'entrepris l'inspection des fourches sur les pointes de celle-ci. Pour moi, je pense que le pire serait la chute. Aussi haut perché, ça te laisse le temps de penser à bien trop de choses à mon goût ... M'enfin. »
        Je laissais choir la mèche captive tout en détournant mes yeux vers mon jeune interlocuteur. Étrangement, quelque chose que je n'aurais guère sur nommer n'avait de cesse de raviver la flammèche de mes souvenirs défunts en mon sein. Peut-être était-ce dû aux similitudes entre lui et ce jeune homme blond salissant chacun des détails de ma mémoire. Cette immondice, aillant eus ce même manque de gène mêlé à la familiarité décadente que l'on ne devrait guère se permettre envers un pseudo inconnu, tout comme cet homme se tenant si paisiblement devant moi. Hormis ces deux pupilles aux couleurs des beaux ciels d'été, hormis cette carrure finement sculptée, cette mâchoire puissante et ces joues agrémentées de ces six petites griffures à se damner ; tout, tout chez cet être dont même le nom m'était inconnu, semblait être né pour me rappeler cet homme que j'eus été il fut un temps. Lointain. Et autant dire que de se reprendre le revers de votre existence en pleine gueule n'avait jamais été l'un de mes fantasmes préférés, loin de là. Alors, pourquoi restais-je là. Là en sa compagnie, à le dévorer des yeux, essayant malhabilement de me noyer dans la flamme ardente que j'eus cru voir au fond de ses iris striés tels ceux d'un félin aux aguets. Était-ce le côté bancale de son personnage qui me retenait si longtemps ? Ou était-ce simplement une façon comme une autre de perdre son temps, l'histoire, peut-être, de ne pas s'ennuyer ferme avant le prochain tour de chat-bus. Pourtant, il me semblait en avoir loupé un ou deux, depuis le temps.

        Tourbillonnant sur moi-même l'espace d'un instant, laissant flâner mes tulles de soies derrière moi, je me perdis quelque peu au débat technique de la future utilisation du matos flambant neuf que j'avais laissé dans les sacs gisants mollement quelques mètres plus loin. Cela aurait été si beau de pouvoir admirer sa propre progéniture drapée des plus beaux costumes, de les voir s'émerveiller pour des détails de ce Monde vous laissant, vous, invariable à ce que vous avez appris à goûter jusqu'à l'usure. Mes iris s'égarant dans les siennes, j'eus cru être brassé par une flamme farouche, mais cette impression s'atténua d'elle-même sans que je puisse ne serait-ce qu'esquisser une mimique dont moi seul avait le secret. Le feulement me revint à l'esprit, comme s'il avait été une pièce de ce tumultueux puzzle qu'il m'était offert et à reconstruire. Les nouvelles rencontres m'avaient toujours fait cet effet là. Devoir en apprendre plus sur l'autre, retranscrire ses grandes lignes par le biais de petits détails que l'on avait la grâce de vous donner qu'au prix de beaucoup d'attente et d'efforts. L'un des petits trucs qui rendaient la chose foutrement excitante, entre autre. Mais sa dernière phrase, elle, cassa toutes mes belles visions d'une main de maître.
        « Qui es-tu, toi, pour avoir ainsi peur de la vie ? »
        Relevant vers lui des yeux arrondis par la surprise, je ne pus retenir un claquement de langue sous l'irritation. Quelque chose d'infime dans sa façon de faire, dans son timbre, me mettait mal à l'aise. Et je l'aurais bien renvoyé sur les roses si je n'avais pas été le premier à ouvrir les hostilités. Mais, était-t-il seulement sérieux ? Attendait-il une réponse murement réfléchit, ou n'était-ce qu'une simpliste façon de me remettre à ma place ? J'étouffais doucement mon rire mauvais lorsque l'idée de me soumettre à sa requête me traversa l'esprit. A quoi bon raconter une demi-vie d'ores et déjà labourée de A à Z, à un gosse dont l'existence venait à peine de croiser la mienne. Était-ce là l'usure des années qui me poussaient à devenir si fragile, si simple et si sentimental ? Mon Dieu, qu'étais-je devenu ? En une simple question, cet homme semblait réussir à foutre en l'air dix années de bonnes résolutions. Et ça me donnait presque l'envie de lui tordre le cou. Il n'en avait pas le droit. Pas le droit de pousser un vieil homme de ma trempe à se rappeler ses mille péchés, ni a le foutre devant le fait accomplit qu'il y passera sous peu ... Se rendait-il seulement compte que, bientôt, d'en un temps qui me semblait alors infiniment trop court, je finirais reclus dans les Terres Hostiles ; reprenant mon âge réel et toutes ses saloperies de rides, de rhumatismes et autres joyeusetés y étant liées ? Ce ne fut que trop tardivement que je me rendis compte de mon pied nu venait de reculer de lui-même, comme si mon instinct le lui avait dicté. J'aurais presque trouvé ce geste minable si j'avais eu le coeur à telles constatations. Comme si la température eu soudainement perdue quelques degrés, un tremblement m'ébranla bientôt suivi d'un énième grincement de dents furieux. Depuis quand avais-je peur des gosses, exactement ? Ce blondinet n'était ni voyant, ni puissant, alors pourquoi tant de doutes nichés au creux de mes entrailles ?
        « Quelqu'un qui pourrait bien finir par te faire la peau si tu continus de te jouer de mes nerfs ainsi, lâchais-je irrité. Ne t'a t'on jamais dit de ne jamais jouer avec le feu ? Et qui es-tu, toi, pour te permettre ce genre de question ? Surtout au plus parfait des inconnus. Un ange passât, suivi de près par un rire léger et bien trop doux pour de telles circonstances, mais dont les intonations tristes n'était que superficiellement camouflées. Tu ne connais même pas mon nom. »
        Resserrant le fin ruban d'un bleu saphir homogène entourant mon cou gracile, je détachais alors mes iris mielleux de ses deux lagons. Mes mains froissèrent le tissu doux de mon habit sans ménagement. Était-ce un moyen d'auto-défense puéril, ou bien venais-je tout bonnement de passer mes nerfs sur un gosse nouvellement rencontré ? Était-ce seulement un gosse ? Qui me disait qu'il n'avait pas, lui aussi, passé la barre des cinquante ans ? Mon instinct rouillé de vieux libraire ? Étais-je donc idiot à ce point ? Mes orteils s'enfoncèrent dans la terre molle. Lui devrais-je des excuses ? « Et puis quoi encore ! » Mon regard se détachant de mes pieds labourant le sol sans aucune finesse, remonta le long des formes de mon condisciple puant la testostérone. Pas une dose de graisse ne semblait avoir élue domicile sur sa silhouette et, même malgré les quelques mètres nous séparant, il était clair que monsieur avoisinait les dix centimètres de plus. De quoi me foutre un peu plus les nerfs en pelote. J'en étais sur, si son compte à rebours personnel ne diminuait pas sous peu de façon naturelle - ou non, cela allait se finir avec mes mains autour de son cou. Cou large, cela dit, mais ce détail ne m'arrêterais surement pas, j'imagine. Ce qui me tira une mimique amusée, qui finit bien vite en grimace outrée à la vue du pantalon ample qu'arborait le bel homme sans nom. Visiblement, nous n'avions guère, lui et moi, la même vision de bonnes choses en ce bas monde. Et mon corset serré de blanc, de dentelle, de bleu et de rainures d'or creusait un peu plus le fossé entre nous. Un simple « misère. » à demi chuchoté m'échappa. Plissant l'ourlet de mon jupon, je levais alors les yeux au ciel l'espace d'une seconde à peine. Je ne devais pas être particulièrement simple à vivre pour mes congénères, finalement.
        « Dis-moi, quel âge devrais-tu avoir, dans le monde réel ? Soufflais-je tout en fermant les yeux comme pour essayer de garder un semblant de calme face au léger tremblement qu'une telle question, même posée par moi-même, pouvait créer en moi. Moi, j'en aurai bientôt soixante. »
        Un demi-siècle. Cela sembla sonner comme une mise en garde face à tout futur résumé de ma vie si fade et peu reluisante. Ou alors était-ce une façon de lui mettre la puce à l'oreille ? De lui sous-entendre que le sors que l'on réservait aux gens trop vieux allait bientôt s'abattre sur moi. Et que pouvait-il bien répondre à cela ? Plaisantera-t-il sur le fait que j'étais bien conservé en vue de mon âge avancé ? Bah, qu'en avais-je à branler, franchement. J'avais plutôt bien vécu. Il fut un temps, même, ou l'écoulement des minutes et des années n'avaient aucune emprise sur mon pauvre être. Non, je n'étais à l'époque qu'un idiot inculte. Juste lui, ses fantaisies et ses rêves. Lui contre le reste du monde. J'aurais donné cher pour pouvoir tout reprendre du début. Cela aurait été divin. Tout recommencer de zéro, altérer les détails insignifiants de mon existence ; ces derniers restants pourtant si pesants sur mes frêles épaules ; même des années après. Tant de non-dits me chatouillaient encore les papilles. Bon Dieu. Mais cela ne sera à jamais qu'un trop joli rêve de plus. Alors, on subsiste, comme on a toujours eu à le faire. On se demande depuis quand on s'est prit à compter les jours.


        Comme tu aurais aimé pouvoir remonter le temps.

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          « J'te regarderais juste tomber dans le vide sans rien faire. J'contemplerais ton corps heurter la surface de l'eau dans un fracas assourdissant et puis, quand il dérivera vers l'horizon sans fin, je lui ferais un innocent signe d'au revoir de la main. »
          Chaque mot, chaque intonation dans sa voix ravivait en toi un sentiment si puissant que tu en aurais pratiquement eu peur. La scène te parait presque irréelle lorsque blondi reprend la parole, s'approchant d'un pas mesuré. Comme s'il avait testé le terrain. Tu te crispe.

          « Même le plus parfait des inconnus, moi, je le mange tout cru. »
          Une mimique écœurée s'étala sur ton pauvre visage aillant d'ores et déjà connu mille et une émotion en quelques minutes à peine. Ton petit cœur s'emballe. Tu le sais, il aurait dû arrêter son ascension depuis un petit moment déjà. Tu retiens ton souffle, alors que lui laisse courir le sien au creux de ton cou trop fin. Tu rougis. Son tons presque aussi mielleux que ton regard émacié par l'appréhension et le surplus d'irritation résonne dans ton crâne.

          « Tu ne pourras jamais imaginer à quel point je joue constamment avec le feu. »
          Il fait soudainement marche arrière, ton souffle reprend. C'est à ne plus rien comprendre. Tu lui demandes son âge de ton intonation amplis de rage mal contenue. Tu le sens. Il sourit.

          « Plus ou moins vingt-et-un, papy. »
          Papy. Puis. Ce fut le point de non retour. Ta déchéance.

          « Tu te fou de ma gueule ?! lui crachas-tu. »
          Tes petites menottes fermées en deux poings aux jointures blanchies, tu crachas au sol comme si tout tes tracas n'avaient été provoqués que par un simple glaire mal logé. Tes pieds s'alignèrent l'un devant l'autre. Tu fis diminuer cette distance te séparant de cet imbécile finit. C'est clair, t'es furax.

          « J'vais te faire la peau connard, que tu murmurais. »
          Il te semblait que ta rage bouffait le terrain te séparant de lui à une allure folle. Comme il l'avait si bien fait avant toi. Comme pour tester tes résolutions bidons. Mais tu ne fléchiras pas. Jamais. Tes pieds labourent le sol et tu le contourne prestement. Ta main si délicate aux ongles minutieusement manucurés attrape son épaule avec plus de hargne que tu ne l'aurais imaginé. D'une secousse pleinement contrôlée, tu le tires vers l'arrière, collant l'avant de ton buste - légèrement enflés au niveau de la poitrine - contre le sien. Puis, appuyant de tout ton propre poids sur son corps, tu le projettes au sol, t'affalant largement sur lui. Plus rien ne semblait t'arrêter. Et même si tout ne tenait qu'à la chance de l'imprévu, tu t'en foutais bien profond. Rien ne comptait plus que sa belle gueule et ta fougue retrouvée. Alors, passant tes jambes de chaque côté de son poitrail, tu levas la main bien haut avec la ferme intention de l'abattre sur son joli minois quand, plongeant une fois de plus dans ses pupilles tout aussi féline que le reste de son être, tu te perdis dans cet ouragan azure que tu semblais détester tant, indéfiniment.
          Un peu trop longtemps, surement.

          Mais quel âge avais-tu, bon sang ?

          EDIT; bon, je fais ça du tac au tac. Je peut faire un truc plus modéré si tu le souhaite. (j'ai essayé de ne pas faire bouger ton personnage sans ta volonté, ohoh.) (la faute à ta musique. ça m'inspirais un max. - en plus de la tournure que ça prenait dans ton poste, ohoh) (tu fais ce que tu veux, hein, tu peut même le jeter du haut de la falaise si tu le veux, y'a pas de soucis. j'rattraperais le coup après ;D /mur, je sais.) (Oui, Ink est d'un naturel patient (la blague), mais faut pas pousser mémé dans les orties. allez me dégoter le gars qui reste imperturbable. Surtout qu'Ink, ça fait un p'tit moment qu'il est malmené par ses sentiments tumultueux. Fin, j'ai voulu faire dans le logique. quoi.)

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            « Bouuuh, je suis crève de trouille ! »
            Comme le papy aurait apprécié pouvoir te fracasser ta belle petite gueule de balafré. Ne serait-ce que pour te la mettre en sourdine une bonne fois pour toute. Stopper ce débit irritant de répliques acides. T'intimer au silence, ne plus voir cet amusement logé au fond de tes deux pupilles félines. Ouais, tu méritais qu'on te remette à ta place, tu méritais que l'on te fasse ravaler de force cette saloperie d'ironie à deux balles. Dégoulinante d'amusement non feint, me foutant dans un état pas possible. J'espérais que t'eus bien pris ton pied jusque là, parce qu'il parait que toutes les bonnes choses ont une fin ; et celle-ci allait se finir très mal pour ton petit minois. Mes yeux fixés dans le blanc des tiens, je sentais que ma gifle serait imminente. Ouais, et ça me soulageais au fond, ça me faisait un soubresaut au cœur. C'était vivifiant. J'en aurais presque sentis le froissement d'une paire d'ailes logée au creux de mon dos, mais non, ce n'était que mes tulles brassés par le vent nouvellement levé. Je ne m'en étais même pas rendu compte, futilement obnubilé par ce trop-plein d'irritation montant en moi. Juste ça, toi et mon envie irrépressible de meurtre. Juste moi, perché sur tes hanches, à me battre contre ton regard d'acier.

            Je le savais. Je savais que malgré mon rôle largement plus dominant que le tiens en cet instant, cela ne saura durer qu'un temps. Oui, mais à cet instant, rien ne comptait plus que ton si joli petit minois ne me revenant pas tant que ça. Et ton sourire arrogant me revenant encore moins. Alors, finalement, j'ai agis comme tous ces petits cons des séries B. J'ai retroussé les manches fictives sur mes maigres bras comparés aux tiens et j'ai montré les dents. Comme tu l'avais si bien fait jusqu'à présent. Mais cette fois, c'était mon tour, à moi. C'était à moi de jubiler dans mon coin des effets et des causes qu'un tel acte pouvait bien engendrer. Car après tout, une fois le coup partit, peut importait les conséquences. Le mal aurait été fait. Ouais, sauf que ça, c'était seulement dans ma tête. Ça, c'était avant de me perdre au fin fond de ton regard hypnotique. Et ma main, jamais elle n'atteignis son but, n'est-ce-pas. Parce que, ça, c'était avant que tu ne me coupe toutes possibilités de bonne petite vengeance bien placée. Alors, mes yeux plissés dangereusement suivirent les tiens. Il ne m'en fallut pas plus pour comprendre le nœud du problème. « Il t'a eus, le bougre. » Lorgnant sur ta paume massive comprimant mon poignet trop fin, j'eus bien du mal à cacher l'irritation nouvelle déformant très surement mes traits. Non pas par douleur, mais plutôt parce que ce toucher semblait flamber ma peau. Détourner les yeux. Couper le contact avec cet homme qui, pourtant, n'avait pas bougé d'un pouce avant ça. Comme j'ai été naïf. Naïf de croire que malgré ton aura pesante, j'avais une chance de gagner. Bête d'avoir fantasmé sur la possibilité que tu puisse être à ce point inoffensif. Oui, cela relevait tout bonnement de la bêtise. Parce que si tu n'avais pas pris la peine d'esquisser l'ombre d'un geste ; c'était bel et bien parce que tu te savais aillant irrémédiablement le dessus. Et ta poigne enserrant si étroitement mon poignet aux allure de fragile petite chose entre tes doigts, n'était que le début d'une très longue et douloureuse misère.

            Soudainement, tout me sembla irréel, comme drapé d'un fin linge blanc aussi fin que la soie. Le silence nouveau, seulement entrecoupé des battements affolés de mon pauvre cœur usé, semblait vriller mes tympans. Et de ma petite voix hésitante pour des raisons qui m'étaient bien obscures, je fis un ultime effort de langage.
            « Lâche ça, avant que je ne décide de te déboiter l'épaule. Comme pour appuyer ces mots, mon autre main valide empoigna ton épaule avec la force qui était la mienne. »
            Mais c'était déjà trop tard, n'est-ce-pas ? Ta poigne trop large, trop dure, trop tout. Enserrant à elle seule mon minable petit poignet. Et cette minuscule graine, germant au creux de mes entrailles. Ça me lance, ça m'irrite. Puis, mon regard sembla prendre trop de temps à suivre mes directives et, finalement, la douleur s'immisça. Douleur. Tout ne se résumait plus qu'à ce pauvre petit mot porteur de mille maux. Ce ne fut alors plus que moi, cette douleur et toi. Vis-à-vis si docile que je n'aurais pu imaginer une telle tournure de situation. Tout ça pour un pseudonyme contrôle de la situation, erroné. Quelle blague. Rien ne pouvais plus arrêter une telle vague. Mes forces me quittant, je la sentais monter en moi sans pouvoir rien y changer. Elle semblait prendre un malin plaisir à labourer mes veines tel un feu liquide.
            « Putain ... Fait chier ! »
            Comme j'aurais eus du mal à la nommer, à lui trouver une origine et, au fond de moi, je savais bien que ce détail était tout sauf important. Tout sauf important parce que sa provenance semblait pourtant claire comme de l'eau de roche. Bien trop gros pour que je ne puisse ne serait-ce qu'y songer une seule seconde. Enfin, ça, c'était avant que mes nerfs déjà savamment usés ne lâchent un peu plus, physiquement parlant cette fois. Mes doigts repliés par automatisme, tel une tentative de rejet, je ne savais clairement plus ou donner de la tête.
            « Qu'est-c'que c'est que cette merde ? »

            Puis, plus rien.
            Falling.
            Quelque chose d'infime, pareil à une voix bien trop lointaine pour être parfaitement perçue par ma matière grise carbonisée, semblait me souffler interminablement que je venais d'échouer. Misérablement. Alors, bravant vents et marées, je pris appuis sur mon bras ballant que je présumais être le droit, caressant ce support si doux et chaud sous mes doigts. Froissant ce qui le recouvrait de ma prise malhabile et douloureuse, j'y plantais presque mes griffes comme pour ne pas que cette vague étrange et sollicitant tous mes sens à la fois ne me fasse dériver au loin. Il me fallut un certain laps de temps que je juchais comme étant des heures entières, pour assimiler le surplus d'informations importunant mon esprit embrumé d'une même lancée. Qu'avais-je bien pu perdre, exactement, pour que ce sentiment d'amertume s'ajoute aux autres ? Et quelle était cette douleur lancinante me soumettant à ses bons plaisirs ? « Ses bons plaisirs, à qui ? » Doucement, je me décidais à évaluer les dégâts et, un par un, je fis bouger chacun de mes membres en les comptait avec minutie. Tout me sembla plus ou moins normal - hormis la douleur lancinante, tout, jusqu'au moment où je du m'attaquer à mon bras gauche. Celui-ci me donna l'impression d'être passé au rouleau compresseur et, avec la ferme intention de m'éviter le plus de douleur possible, j'ordonnais à mes muscles de se débander. Ce ne fut qu'à cet instant que je pris conscience de l'étau brulant enserrant mon poignet lâche. Je m'y serais bien attardé, si mes oreilles n'avaient pas été prises de sifflements aiguës.

            En moins de temps qu'il m'en aurait fallut pour y songer, mon corps partit en avant, ma pommette s'imprimant contre l'étoffe si douce et dont la température mêlée aux picotement désagréables y résidant semblait réussir à réancrer mon esprit sur un point fixe. Mais, aussi bénéfique que cela fut, rien n'arrivais à stopper mon naufrage. Je sombrais. Oui, je sombrais sous une vague si puissante, si meurtrière, que je n'arrivais guère à en trouver le point d'origine. Aucune possibilité d’amarrage. Juste de quoi faire monter un peu plus la frustration et la peur. Cette simple pensée fit alors apparaitre une multitude d'images toutes aussi floues les unes que les autres, représentant de vastes étendues d'eau faisant tanguer ma vue, le tout esquissé dans des teintes monochromes aux reflets infimes de bleu. Un haut-le-coeur me prit soudain. Des perles liquides obstruèrent ma vue. « Je ne sais même pas nager. » Aussi étrange que cela puisse paraitre, l'impression de repartir me pris. De partir très loin. Si loin qu'il m'en aurait été bien peu aisé de revenir sur mes pas, de faire marche arrière. J'étais une fois encore happé par une force inconnue et invisible qui n'avait de cesse de tout dévaster en moi. Trop nuisible pour mon propre bien. J'étais sonné. Oui, littéralement à l'Ouest, aux prises de ce mal brouillant mon esprit que j'eus cru survolté dans des temps meilleurs. Mais, moi, en cet instant, j'étais seulement là. Ma main se referma sur ce contact brulant ma peau au niveau du poignet. Si Dieu existait encore, j'aurais aimé qui fasse de cette chose ma bouée pour ne plus sombrer. Mais, Dieu, ça faisait bien longtemps qu'il m'avait abandonné. Tout comme cet homme qu'il m'avait été brutalement enlevé. Et à cette pensée, une rage sans nom déferla en moi.

            « Il n'avait pas le droit ! »
            Ravalant un sanglot à demi étouffé, je pris sur moi pour obliger ma vue trouble à reprendre ses droits. Si j'avais bougé pendant mon laps d'étourdissement, rien ne me l'aurait signalé tant mon mal était grand. Il me semblait, même, qu'un nombre infini d'heure s'était écoulé depuis que cette saloperie avait commencée à me ronger littéralement, réussissant à annuler la plupart de mes sens à elle seule. Furtivement, mon cerveau réanimé et mon visage tourné, j'aurais pu reconnaitre ce que j'eus pris comme une bouée de secours quelques instants plus tôt, comme étant une main. Large et chaude. Presque sécurisante. Cette poigne qui avait fait naitre tant de sentiments si paradoxaux en moi. La tête toujours couchée sur ce torse puissant, la langue pâteuse, je desserrais doucement les lèvres avec un entrain dont il aurait mieux valut se méfier.
            « Fais ... stopper ça, bâtard ! Murmurais-je de ma voix enrayée. »
            J'allais me le faire.
            Oh, oui.

            Inconsciemment, ma chevelure se leva sans direction précise, plus menaçante que jamais.

            Manque de chance, ta vue brouillée ne peut guère discerner le compteur de la vie du blondi.



            HRP; pardon, j'étais trop HS hier.
            Tire de cette réponse ce que tu pourras, en espérant ne pas trop te bloquer.

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              « Sympa, les cheveux. »
              Plus le temps s'écoule, plus tu semble reprendre vie. Telle une poupée désarticulée laissée entre les mains d'un enfant joyeux. Tout aurait pu rentré dans l'ordre, tu aurais pu lever le drapeau blanc, montrer un signe de paix. Lui lancer un « C'était une blague. Je suis bon acteur, hein ? Au fait, moi, c'est Ink. », sauf que tu n'en as foutrement pas l'envie. Le mérite t-il seulement ? Clairement, non. Ton regard largement dilaté reste en lui-même une preuve indéniable de ta douleur passée. Et s'il t'étais possible de rayer tout le périmètre, ce royaume maudit en plus de lui, des cartes ; il n'y a aucun doute que tu l'aurais fait. Sauf que voilà. Tu n'est pas si vilain. Non, toi, tu est pire. Du genre à faire durer le plaisir, à pousser le malsain jusqu'à son paroxysme. Alors, ourlant tes lèvres de ton plus malicieux sourire - le plus effrayant aussi, tu entreprend de desserrer cette poigne emprisonnant l'une des tiennes. La gauche rejoint rapidement la droite, comme pour gagner du temps. Puis, tout en gestes lents, tes deux menottes viennent bloquées les siennes contre le sol avec, presque, une once de délicatesse. Toujours tout sourire, perché sur son bassin, tu te penche, tu fond sur lui - bien que tu ne sache guère quand tu eus le temps de relever le buste. Peut-être était-ce quand, un peu plus tôt, ta langue était venue humidifier tes lèvres ? Allez savoir. Les cheveux semblant jusqu'ici animés d'une âme propre vinrent se joindre à tes poignes graciles. Simple mesure de précaution. Ce sentiment de maîtrise repris le chemin de tes veines, te grisant. N'avait-il pas creusé sa tombe lui-même ? Mais au fond, toi, ça t'arrangeais plutôt bien. Et ton trop grand sourire, nouvellement mué en ta plus belle mimique aguicheuse, tu courba le dos comme pour le surplomber entièrement. Ta chevelure digne des plus beaux champs de blé, bien qu'un peu terne, tomba en trompe autour de vos deux visage, comme le chasseur aurait emprisonné un animale sauvage. De la chaleur trop excessive de son épiderme, tu t'en foutais comme de ta première baise. Juste lui, acculé sous toi. Et s'en était que trop jouissif.
              Et cette lueur folle étincelant le miel de tes pupilles.
              Tu ressemblais en tout points à Méduse.
              « Je vais t'enculer bien profond, sale petit con. Que tu lui murmurait de ta petite voix mielleuse, tes lips effleurant furtivement son lobe. »
              Les rôles venaient d'être échangés.
              Jusqu'où resterait-il passif ? Telle était la question.

              HRP; je suis facilement influençable, il faut croire.
              (non, en fait, ça, c'est une excuse) (AHAH. le côté obscur de Firefox, chacun son tour) (han, ça faisait si longtemps que je n'avais pas été si vulgaire, ihih.) (je peux éditer si t'aime pas la tournure que ça prend ou si ça t'inspire pas.) (et pour ton poste c'est pas un soucis. j'aime découvrir la vision des choses du côté Pozar.) (puis, en fait, ça m'inspirais, ohoh) (Fuuuuù, c'est une version inédite d'Ink, là. J'avais besoin de l'apposer par écrit, je crois) (maintenant, si tu veux bien, je vais me terrer dans un trou) (pour ma défense, j'ai toujours fais des persos asses trash. Donc, moi, ça m'étonne pas)

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                « Inverses pas les rôles, papy. »
                Brusquement, tout s'enchaina très vite. Trop vite. Tes perceptions passablement éméchées par la douleur physique anciennement encaissée, tu ressentis très clairement le frottement de ses hanches entre tes cuisses. Cela éveilla inévitablement la peur d'en subir les conséquences que l'homme de soixante ans, dans son corps originel, n'aurait pu savourer. Au fond de toi, tu vis l'embarras mêlé à l'agacement partir empourprer tes joues. Et tu aurais été le premier à avouer avoir besoin de tout, sauf de ça.
                Laissant le blondi t'allonger à son tour sur l'étendue d'herbe encore humide, un frisson te parcourra sous l'attaque traitresse du froid contre ton dos. A l'inverse, le corps perché sur le tiens semblait bouillonner intérieurement, rougissant ton épiderme à son contact. Étrangement, cela semblait te plaire infiniment. Sentir la puissance du regard perçant de l'autre sur toi, sentir sa peau tout contre ta peau, vos membres emmêlés, vos tignasses aussi ébouriffées qu'elles ne l'auraient été au lendemain d'une nuit de pure luxure. Ouais, t'aimais foutrement ça.
                Relevant ton regard vers le sien l'espace d'un quart de seconde, tu te pris à contempler toute la complexité de ses iris tempétueuses. Tes mains relâchant ses poignets avec lenteur, ton inconscient y laissa cependant s'enrouler délicieusement quelques mèches d'un blond délavé. La proximité était telle que ton souffle mentholé se perdit dans le creux tentateur de son cou. Tu te dandinas alors quelque peu sous son corps imposant, cherchant une position plus confortable pour ton dos douloureux. Tes bras effleurèrent les siens, tendrement. En cet instant, tu n'aurais guère sur dire à quand remontait ta dernière partie de jambes en l'air. Mais ça, ça ne comptait plus, non. Et tu te languissais sous ce charbon ardent réussissant si admirablement à gommer tous les autres de ton esprit embrumé. Tous jusqu'au dernier. Et c'était reposant, jouissif aussi.
                Ta main gauche remontant délicieusement vers son visage, ton pouce caressa les trois petites entailles labourant ses joues sous ton œil captivé. Tes doigts sur sa peau halée te semblaient former une osmose parfaite. Mais déjà ta délicate menotte partait se perdre dans les mèches blondes, entourant fermement la nuque noueuse. Un sourire espiègle naquit sur ton visage à nouveau joyeux. Ça t'avait tant manqué ...
                « Si être au dessus peu flatter ton ego, soit. Mais vas pas croire que je vais te laisser avoir l'avantage, jeunot. Les frissons s'éveillant sous tes caresses te rendaient que plus enflammé encore. »
                Doucement, comme fébrilement, ta main droite alla dessiner des arabesques imaginaires sur le tissus bien trop encombrant à tes yeux. Du bous des doigts, tu semblais redécouvrir la puissance d'un buste masculin. Et alors, ta poigne agrippa largement la matière si douce, l'utilisant pour remonter ton buste vers le siens. Sauvagement.
                « Et là, tu fais quoi ? lui murmuras-tu de bous des lèvres, effleurant la peau brulante et tentatrice. »
                Ta jambe se recourbant, ta cuisse vint se loger lascivement entre vos deux corps, joueuse.

                HRP;
                pardonnes moi, je fatigue, je crois.
                (j'ai l'impression de tourner en rond, bouhouhou. :W:) (frappe moi si ça ne te conviens pas.)

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                  « Toi, au moins, tu ne risques pas la noyade, songeas-tu furtivement. »
                  Tu n'étais pas aveugle, bien évidemment que tu avais remarqué. Remarqué ses deux petites fentes largement dilatées, ses tremblements et son état pareil à l'ébriété. Remarqué les quelques secondes que cet immondice, du haut des cieux, avais eus la bonté de t'accorder. En toute sincérité, tu aurais très bien pu profiter pour le maltraiter et te venger, après tout, cela aurait été si simple. Mais, de ses cadeaux empoisonnés, tu t'en branlais le plus royalement du monde. Parce que rien, non rien, ne pouvait être meilleur que le refus que tu lui opposais. Parce que c'était ta façon, à toi, de lui rire au nez. De l'envoyer se faire baiser, à son tour. Tu te serais même dévoué à cette dernière tâche, comme pour lui cracher infiniment qu'il n'avait plus aucune emprise aussi quelconque fusse t-elle sur ta petite vie pourrie. La voix quelque peu grave de ton bel ingénu te fis sortir de tes pensées scandaleuses. Relevant ton regard vers les deux orbes à la fois incendiaires et liquéfiantes, tu écoutas son timbre semblant revenir d'outre tombe avec beaucoup d’intéressement. Son commentaire sur son ego parfaitement intact agrémenté de son sourire éblouissant t'arrachas un énième sourire amusé. Franc, cette fois. Tout doucement, il te semblais que l'air ambiant t'étais à nouveau pleinement respirable. Seule l'attirance que tu lui vouait la saturait. A cela, le plaisir irradia tes veines aussi puissamment que l'eus fait la douleur quelques instants plus tôt. Et, étrangement, dans un coin profondément enfouit de ton crâne ravagé, tu te surprenais à le trouver appréciable. Juste un peu. Juste infiniment divertissant. Car après tout, de son unique présence, n'avait t-il pas illuminé ta soirée pourtant prédite à un déroulement morne et habituel ? A cette pensée, ton sourire attendri répondit à son air goguenard. Tes yeux rivés sur tes doigts triturant son abdomen à travers le tissus encombrant, tu sentis ce dernier s'ébranler sous tes doigts. Mais bien-sur, tu n'eus guère le cran de relever tes iris vers le ciel d'été miroitant dans les siens. Parce que cela te faisait clairement trop d'effet. Il te désintégrait. Et tu en avais presque honte. Ton corps furtivement relevé vers lui, il te semblais entendre tes propres mots de façon bien lointaine.

                  « Je te baise. »
                  Quelques mots qui avaient le don de te foutre dans tous tes états. Mais tu as toujours été comme ça, trop impulsif, pensant plus avec ta bite qu'avec ton crâne pourtant bien pourvu. Ce à quoi tu me répondrais sur un ton amouraché que l'engin aussi, est tout aussi bien foutu. Et tu n'aurais sans doute pas tords, mais là n'est plus la question. Déjà, ses lèvres chaudes, comme trop alléchantes à ton goût - celles lesquelles tu aurais été près à vendre ton âme au Diable depuis la première seconde où ton regard s'y était attardé - fondirent sur les tiennes. Et cela te sembla mille fois meilleur que tout ce que tu eus l'opportunité d'expérimenter jusque là. Ses lèvres exquises brulant les tiennes. Le temps te paraissais alors futilement trop court pour ton bon plaisir alors que ta main enserrant encore son haut partis griffer son dos. Ce déchirement entre l'envie de te laissé emporter dans la domination ; et l'envie de perdre pied, formèrent un mélange tumultueux en ton sein. Il te semblait t'embrouiller toi-même, ne songeant même plus à retenir ce soupire d'aise infinie. Ta main enserrant son cou se crispa un peu plus et ta tête s'orienta de façon à approfondir le baiser. Toute cette douceur te serrais l'estomac. Tu en voulais plus, toujours plus. Indéniablement plus. Comme si fondre en lui aurait été la plus belle alternative à ce stade là. Oh, comme tu aurais été reconnaissant d'être liquéfié par toute cette chaleur émanant de son corps si tentateur. Et son buste s'imbriquant au tiens, il te rallongea sur la pelouse farouche et malmenée. Le précipice à quelques pas de là ne semblait plus rien représenter à tes yeux. Tu te complaisais simplement de cette étreinte étroite et de cette odeur de clope t'émoustillant tant. Puis, ses lips quittèrent les tiennes, ton visage à quelques centimètres seulement du siens.

                  « Je... crois, ton souffle erratique est sifflant, que je déraille. »
                  Ta phrase est si hachée par ton manque d'air que tu te demande si l'autre jeune homme l'a pleinement comprise. Essayant vainement de remettre tes pensées en ordre, ton regard ne pu se détacher de ses lèvres tentatrices. Celles qui, une fois quittées, vous ne rêvez plus que de goûter à nouveau. Même si l'homme en face de vous est la pire esquisse de l'inconnu à vos yeux. Lui quémander son nom, seulement cette seule information, t’effleurait la langue. Mais, jamais, tu ne t'y tenterais. Parce que cet homme si mystérieux semblait être si insaisissable qu'à tes yeux cela aurait été du gâchis. Ou alors aurais-tu peur de faire sa connaissance, de t'y attacher ? Après tout, à vingt ans, on ne pense pas plus loin qu'à la fabuleuse nuit de sexe qui s'offre a nous. Sans superflus. Tu en étais la preuve vivante. Alors tu te tu, les yeux dans le vague, imposant à tes bras de ne pas l'enlacer. La peur de ses réactions te taraudait, te bouffait. Et plus que tout, tu ne souhaitais pas te faire rejeter. Plus jamais. Tout comme plus jamais tu ne laisseras passer une telle aubaine. Plus jamais tu ne joueras les bon potes dans l'espoir que cela te suffise. Plus jamais. Mais, les songes étaient si simplistes. Et même si tu y croyais infiniment à ce moment précis, quelque part, au fond de toi, tu savais qu'une fois l'euphorie passée ; tu redeviendrais le sympathique petit libraire aillant fait son temps. Tu en seras à nouveau réduit à ta routine habituelle. A aller te farcir d'autres culs, en partie pour le simple plaisir de ne plus ressentir ce manque te consumant si fortement. Pour ne plus avoir à ressentir ton self-contrôle se craquelant indéniablement. Mais tout s'était toujours déroulé comme cela, Ink. A vouloir ce que tu ne pouvais pas avoir. Tu as toujours été comme ça, Ink.
                  Trop con.

                  La rage te consumant, ta bouche vorace reconquit les lèvres délicates, ta paume cherchant inconsciemment l'une de ses consœurs avec, peut-être, l'espoir d'y mêler vos doigts. Parce que, tu le savais, qu'il n'était pas comme les autres. Non.
                  Pire encore.

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                    Sa bouche quitte la tienne, tout comme ses phalanges sur ton avant-bras et ton esprit tourmenté a le plus grand mal à tout assimiler. Là, comme agonisant le regard dans le vague, tu semble avoir perdu ton héroïne. Cette vague de plaisir, ce remous t'excitant si profondément, vient tout bonnement de se faire la malle. Te laissant là, sur ce sol à demi-boueux qui a prit un malin plaisir à niquer ta si belle tenue au coût inestimable. Mais, tu t'en branle, toi, de tes pans de soie souillés. Toi, dont la main progresse dans son ascension vers tes lèvres. Là où leurs consœurs n'ont laissées que l'esquisse de l'abandon, de l'envie et du froid. Perfide solitude. Tel un nouveau-né arraché au ventre de sa mère, tu sens doucement le fin filet de salive sur ton menton. Dévalant quelque peu ton cou gracile, tes doigts se perdirent au touché de la texture humide. Humide, comme tes deux orbes. Puis, prestement, ton revers de paume rageur vient essuyer malhabilement les preuves du crime si odieux. Ton esprit semble luter contre les engrenages du temps, comme dans l'espoir de pouvoir effleurer à nouveau le fruit défendu pourtant porteur de tant de luxure. Mais, c'est trop tard, tu le sais, tu le sens. C'est fini.

                    Décollant tes épaules du sol, le corps furtivement plus léger, tu le cherche des yeux. Et tu t'horrifie face à la dure réalité. Pire qu'un gamin rebelle, le voilà repartit une nouvelle fois braver l'immondice des cieux. Tu le vois porté pas ses pas à quelques centimètres du vide et toi, le buste lâchement relevé par l'appuie de tes bras giflés par la morsure du vent, tu le vois faire volte-face, tanguer, puis se stabiliser. La technique te parait si maladroite qu'une peur sans nom te bouffe les entrailles, te menaçant de te faire gerber tes tripes. Tout ça, cette stupide connerie, tu te refusais à ce que ça se finisse comme cela. Tu ne le méritais pas. Ne le savait-il donc pas ? La chute serait sans précédent. Et, étrangement, tu finis par brider ta matière grise, bêtement. Avec une brusquerie à en faire défaillir tes jambes pareilles à de la gomme sous un soleil hardant, tu t'élance. Poussé par cette petite voix au fond de toi, tu te refuse catégoriquement à cet avenir là. Tout simplement. Parce que tu n'es qu'un idiot complet.

                    Était-ce à cause de ses iris trop profonds t'aillant donnés l'impression de se confesser à toi, ou bien était-ce simplement toi qui t'emballais en solitaire ? Quelle que soit la réponse, ton dévalement hardant de la distance entre vous ne l'attendit guère. Tu t'enfonçais tête la première dans les emmerdes de façon préméditée. Plus ou moins. C'était si gros, que tu courais à ta perte, que tu n'en eu guère cure. Ton monde semblait s'être rapetissé à la personne du blondi, bercé par le vide béant n'attendant que lui. Le souvenir du sentiment d'euphorie t'aillant quitté par sa faute, tu semblais prendre sans cesse plus de vitesse encore. Le choc fut puissant. Si dévastateur que tu en aurais presque ricoché contre lui, mais tes bras l'enlaçant firent leur boulot. Doucement, tu te lova contre lui, ta tête venant épouser sa poitrine avec bien plus de délicatesse que le reste de ta silhouette d’androgyne. Mais, tu savais. L’attraction avait été trop forte. Alors, simplement, tu murmuras ces quelques mots qui furent vos préliminaires. Ta voix sembla les prononcer d'un timbre tout aussi proche de la frontière du craquèlement, que ça en aurait été presque tordant. Mais, paradoxalement, seul l'arrière goût de déjà-vu - que tu ne t'expliquais pas - vint t'emplir l'estomac. Silencieusement, tu partis dans tes litanies de promesses infinies. Car plus jamais, plus jamais tu accepterais l'absence ou bien même l'abandon d'un tiers. Plus jamais. Et sans réellement le comprendre, tu venais de creuser ta propre tombe.
                    « Si tu sautes, moi je saute pas vrai ? »
                    Un haut-le-cœur te prenant,
                    Ton estomac se serrant,
                    Ce fut ta plus belle descente en enfer.

                    Je suis le bouffon de la cité
                    Le souffre-douleur du quartier
                    La tafiole, le petit pédé
                    Mon petit nom, c’est enculé
                    — (Monsieur Roux. Le bouffon de la cité, extrait de l’album Ah si j’étais grand et beau…, 2005.)


                    Spoiler:
                     

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                      « Si tu sautes, moi je saute pas vrai ? »
                      L'angoisse. Unique maux si maladif te consumant inlassablement à petit feu. Tes bras l'encerclant à ta façon bien maladroite semblait être l'unique chose te permettant de tenir, encore, debout et droit. Aussi fièrement que tu pouvais bien te le permettre dans de pareilles circonstances. Fier et droit comme tu l'avais toujours été jusqu'à présent. Fier et droit même aux devants des pires immondices que ce Monde vain et prédestiné au déclin avait eu l'obligeance de foutre au travers de ton chemin déjà fort périlleux. Fier et droit face à cet homme, tuteur de ton pauvre être, quémandant inlassablement un peu plus de hauteur, de chaleur et d'ivresse. L'angoisse polaire te perforait pourtant de part en part, faisant se serrer un peu plus tyranniquement tes bras trop fins autour de ce corps noueux. Éperdument. Tes jambes, plus cotonneuses que jamais, semblaient si proches de la rupture irréparable que tu en aurais presque prié Dieu de bien vouloir te venir en aide une dernière fois. Encore une fois. Mais, tout au fond de toi, la question fatidique te taraudait pareil au pire démon des cieux ; parce qu'après tout, Dieu, qu'en avait t-il donc à foutre des histoires de cœur et de cul d'une pauvre petite pédale si indigne de son rang de fidèle à son égard, hein ? Bêtement, rien. Et s'en était que plus triste encore.

                      « Vrais. »
                      Malmené dans ce tourbillon de songes acides, d'assentiments et de peur, tu ne captas que d'une oreille distraite l'unique mot passant les barrières des lèvres tentatrices, les mêmes qui caressaient tes mèches ternes et tempétueuses par intermittences régulières. Ton nez aquilin enfouit dans son t-shirt si agréable sous ta peau, tu humais cette odeur particulière de clope mariée à tes propres arômes de miels et de marée. Et, l'esprit divagant, tu compris alors que jamais plus tu ne voudrais quitter cette place qui te semblait te revenir de droit. Obnubilé par l'écoute des battements calmes et sereins berçant ta joue réchauffée, tu ne pu cacher l'ombre de la surprise muée en un soubresaut apeuré lorsque, subitement, ton emprise téméraire te fut pleinement rendue. Plus apaisant que toutes ces boites de calmants si honteusement cachées sous ton sommier, ce simple geste t'apaisa sans le moindre mal. Un frisson nouveau remontant le long de ton échine, tu en aurais presque chialé tant ses phalanges puissantes nouvellement nouées aux tiennes pouvaient te faire un bien fou. Car ça y est, tu y étais. Tu pouvais enfin goûter à ce plaisir que tout semblait réserver à cette infinie d'autres, poussant la folie de ta jalousie à ses pires extrêmes.

                      Lorsque son corps fit mine de se libérer, laissant alors l'air gelé qui remontait en trombe le long de la falaise aiguisée venir lécher ton visage ravagé, tu compris que tes réserves s'étaient indéniablement épuisées. Épuisées jusqu'à s'assécher. Comme si toute once de persévérance aiguë que tu pouvais bien abriter jusqu'alors n'étaient plus que songes éhontés. Tu te sentais, juste, vidé. Mais sa main emmêlée à la tienne, te tirant avec force et détermination loin du vide béant en un effort te semblant que trop inhumain, soulagea quelque peu le rythme erratique de ton pauvre cœur crevé. Aussi étrange que cela puisse paraitre, même s'il te semblait être interdit d'en apprendre un peu plus sur ce bel ingénu, tu te sentais pourtant merveilleusement bien ainsi soumis à sa main inquisitrice, à son pas assuré et à sa maitrise. Ta propre main libre remonta inconsciemment vers ta gorge, serrant cette dernière avec une fureur renouvelée. Car, plus jamais, non, plus jamais personne d'autre que toi n'aura le pouvoir de décision sur ta pauvre petite vie pourrie et ce qu'il t'en restait encore à déguster. Aussi infime que cela fusse. Plus jamais. Ce fut sur cette pensée bien simpliste, que tes doigts fins s'enroulèrent autour de la chaine en argent te servant si pathétiquement de camisole. Le pas malhabile, trébuchant mais tentant pourtant bien vainement de suivre l'allure te précédent, ta grippe sur ton étau d'argent tira si salement qu'il t'en écorcha la peau. Non, plus jamais. L'épiderme rougi en une ligne parfaite gravant chaque maillon qu'il s'était toujours tué à supporter, la petite croix soigneusement travaillée partit s'enterrer dans l'herbe sauvage malmenée sous vos pieds. Il te semblait que de nouvelles ailes t'étaient poussées. Plus grandes, encore.

                      Sans l'ombre de préavis, ton corps fiévreux, tourmenté et fébrile rencontra l'écorce féroce d'un tronc auquel tu n'avais guère prêté d'attention jusqu'à l'instant présent. Et même malgré les nouvelles égratignures qui ne tarderaient pas à paraitre sans avoir besoin de se faire prier ; te sentir ainsi acculé sous les bons vouloirs de cet homme dont tu te décidais enfin à garder l'aura excessivement énigmatique intacte, t'emplissais d'envies pour le moins dégradantes. Mais tu avais toujours aimé cela, toi. La domination à l'état brute. Ses doigts inlassablement noués aux tiens semblaient formuler cette promesse de soutient passionnel que tu aurais adoré réussir à lui faire cracher. Mais mieux valait ne pas tenter le Diable plus que tu ne l'avais d'ores et déjà fait, n'est-ce-pas ? Et comme si cet homme avait lu en toi, ce geste aussi insignifiant soit t-il forma cependant tant de signaux rassurants pour ton petit être puéril.

                      Lorsque ses lèvres vinrent chercher les tiennes avec une farouche dureté, ce ne fut plus une simple petite vague pour écolières pré-pubères qui te souffla, non, ce fut l'ouragan. Et, bien risiblement, tu ne réussis guère à tenir plus de dix secondes sous cet assaut si parfait. Déjà, tes jambes faiblissantes faillir finalement, laissant sa bouche t'être arraché, ton corps chutant contre l'arbre rugueux tout en te rapprochant de ses racines saillantes. Aussi enduré que tu puisses l'être par la vie, cette soirée restait de loin l'une des plus hautes en revirements. L'une des plus mémorables, aussi. En un ultime effort, tes deux poignes entreprirent d'un même geste d'attirer le blondi à ta hauteur misérable, l'une tirant sur les pans de son pantalon amples, l'autre guidant sa consœur avec plus de délicatesse que sa jumelle. Puis, lascivement, cette même main plissant l'étoffe confortable vint enserrer le haut délicat pour une énième fois. Tes lips muent en une volonté qui semblait leur être propre, tu vins reconquérir ce qui pour toi te revenait de droit, bien que le manque d'air n'avait de cesse de te faire suffoquer. Juste vos bouches scellées l'un contre l'autre, juste cette excitation enflammant ton ventre et cette envie de glisser ta langue dans cet antre stimulante. Mais déjà ta bouche dérivait vers la courbure tentatrice de ce cou halé, perlant ce dernier de bien des baisers appuyés. Largement essoufflé, comme largement échauffé, tu lui fit grâce de ces quelques mots dont les références étaient si claires que cela t'en tira l'esquisse d'un sourire amusé.

                      « Baise-moi. »
                      Tes dents sur sa peau laissèrent cette marque violacée, preuve irréfutable de ton égoïsme.

                      « Ne me quitte pas. »
                      Le souvenir de cette si vieille musique de ton temps trépassé te traversa l'esprit un instant, t'extirpant un rire léger que tu ne te connaissais plus. Comme tu aurais trouvé cela niait par le passé... Marquant une courte pause dans l'espoir de calmer ton pauvre rythme cardiaque affolé ainsi que ta respiration effrénée, tu te décidais enfin à reprendre le dessus sur cette vague maitresse te labourant. Et, enroulant tes bras autour de cette nuque marquée ci et là par tes bons soins, tu fis passer tes jambes de chaque côtés du bel homme, encerclant doucement son flanc. Lorsque tu fus satisfait de ton travail ta joue vint épouser son épaule, laissant ton souffle court parcourir son cou. Et cette senteur, mélange hétéroclite de parfums divers, ne t'aidait guère à y voir plus clair. Ainsi prostré, tu te sentais presque comme une moule enracinée à son rocher. Divinement bien.

                      « Je m'en fou pas mal des détails. Juste, accepte-moi. Tel que je suis, comme tu me vois,
                      lui murmurais-tu inlassablement. Ne me laisse pas. »

                      Et jamais tu ne te décideras à lui donner ton nom. Par peur de le voir s'esquiver.
                      Parce que personne ne peux prétendre savoir ce qui peux arriver.
                      Personne, pas même toi.

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                        Naïf.

                        « Avec plaisir. »
                        Ses intonations rauques et masculines firent frétiller tes sens déjà bien trop malmenés. Toi qui avais toujours trouvé le sexe brutalement bestial, presque animal, tu comprenais mieux pourquoi certains s'y adonnaient jusqu'à l'excès. Tout comme toi. Car énoncé que tu n'étais pas réputé pour ta fidélité ne serait qu'un bien doux euphémisme. Pourtant, tu semblais te complaire dans cette si belle scène dont tu détenais un rôle essentiel. Ta bouche papillonnant le long des courbures presque graciles du cou t'étant nouvellement offert, perdu dans le brouillard de tes songes erronés par ce tumulte que cet homme créait si bassement en toi, tu fus soudainement happé par le doute. Pire que tout, son absence de réponse te grignotait, nouant ton ventre de cette petite boule de stress que tu commençais à connaître par cœur.

                        Doute.

                        « Je m'en fou pas mal des détails. Juste, accepte-moi. Tel que je suis, comme tu me vois.
                        Ne me laisse pas. »

                        Doux paradoxe. Tu semblais l'inviter à te baiser tout en lui évitant les regrets. Mais alors, pourquoi lui exiger cet honteux fantasme oublié ? Pourquoi lui ordonner de ne pas t'abandonner ?

                        Déchéance.


                        « D'accord. »
                        Cela te fis mal. Mal d'en entendre un autre, cet autre, accepter tes propositions impensables, si lourdes en contradiction et en sens cachés. Tu enrages. Sans prendre la peine d'y penser à deux fois, tu pète littéralement ton câble. Tu t'insurges. Et alors qu'un frémissement imperceptible le traverse, toi, tu plies. Tu te rend compte que tu lui doit la vérité, au moins à lui, plus qu'à quiconque. Alors, ta langue se délie, les mots fusent. Tu met un point d'honneur à lui cracher toutes ces atrocités passées. Celles que personne n'a prit le temps d'écouter. « Mon véritable nom, c'est Harry. Harry, Jasper Barrow. » Ta main, furtivement, s'immisce là où les virilités s'éveillent. « Je t'ai mentis, ça fait déjà un moment que j'ai passé le cap de la soixantaine. Mais tu comprend, quand ont en arrive à ce stade là, on évite de compter les jours. Voir même les années. » Ton regard pareil à l'acier fondu, meurtrier, n'enlève pourtant rien à la dextérité impressionnante de tes doigts sur sa peau. Parce que l'habitude t'as forgé. « Et ouais, le petit vieux est d'ailleurs pédé depuis ses onze - douze ans. A l'âge des découvertes, des premières fois. Un gosse, en somme. Maintenant devenue relique. Doux paradoxe. » L'espace d'un instant, ton regard déviant vers la braguette rappant ton épiderme aux rythmes de tes vas et viens, tu hésites à y mêler ta bouche. Mais tu ne voudrais en aucun cas lui gâcher le doux plaisir de la vérité si durement révélée. « De la famille, j'en ai foutrement plus. Ce qui n'est pas pour me déplaire... Ils étaient du genre profondément pieux, ces gens là, tu vois. Alors j'imagine que tu n'as pas besoin que j'te fasse de dessin. » Ta main court à allure hachée. Même sans recevoir, tu arrives à prendre ton pied. « Fils unique. Pas d'bestiole, rien. Juste ma bite, ma main et ma putain de cervelle pour me divertir. » Tout semble aller trop vite, ou pas asses. Tes octaves diminues et tu de penches comme dans l'espoir de capter un peu plus de ces gémissements jouissifs t'excitant admirablement. « C'est marrant, quand j'y pense, à chaque coup que j'me tire, à chaque tripe, God tout puissant semble prendre un malin plaisir à me punir... Mais, je ne t'apprend rien, là. Tu ne pensais tout de même pas être le premier. Rassure-moi. » Ton rire jaune siffle avant que tes incisives mordent la jugulaire exposée avec une once de tendresse. « Tu n'es pas le premier, à m'avoir éclater ma belle gueule d'enculé. Mais, en soixante piges, tu me diras que ça non plus, ça ne t'étonne pas. » Lascivement, ta bouche remonte lentement vers la sienne, s'y apposant fébrilement. Ton mal être est retombé, tu le sais, tu le sens. Tu t'en veux presque. Pas pour lui avoir fait subir ça, non, mais pour avoir osé t'exposer ainsi sans marché préalablement passé. Ou alors est-ce là une énième façon de te voiler la face. Peut-être que ce type là réussi tout bonnement à faire fondre tes barrières si durement érigées. Peut-être que t'as juste la trouille. Ouais. Ta langue viens chercher sa consœur pour un ballet enfiévré avant de ne devoir la quitter pour un peu d’oxygène. « Je n'en ais connu qu'un autre, comme toi. Ni trop, ni trop peu. Un idéal dans un tel merdier. Et Dieu seul sait combien j'ai essayé de le garder. Je m'étais pourtant acharné à l'aimer. Mais il faut croire que ce n'était pas à ma portée. » Tu ne te relève qu'au toucher de cette texture poisseuse maculant tes phalanges rendues tremblantes par l'effort. Cette couleur blanchâtre, tu pourrais la reconnaître tel le soleil au beau milieu du ciel. « Tu n'as qu'à faire ce que bon te semble de ce ramassis d'ordures. Après tout, qui s’intéresserait à la vie futile d'un demi-mort. »

                        Observant le monde se redéployant sous tes iris dorées, tu remarquas biens vite les quelques paquets abandonnés plus tôt dans la soirée. Tâches trop vives dans cet univers trop sombre. Gisants au loin, le vents leur avait fait déverser ta si luxueuse marchandise maintenant saccagée par toute cette boue molasse semblant créer un sentier. Le sentier exiguë exclusivement destiné à tous les suicidaires du coin. Les comptant distraitement, tu compris que l'un d'eux manquait à l'appel. Tu songeas alors qu'il avait peut-être eus cette chance qui te fus refusée. Celle de pouvoir flirter avec le vide. Il te semblais alors que ta vie ressemblait un peu à ça. Celle d'un homme subsistant à la seule force de sa pensée, parcourant un monde en papier mâché dont chacune des pièces pouvaient bien s'envoler au gré des années. Et te remettant sur tes jambes, tu finis par aller toi-même goûter au péché d'une liaison avec le néant.

                        Aurait-ce été trop en demander que de vouloir voir ce parfait inconnu s'agiter, se lever et accourir pour te secouer ? Oui, bien-sur que oui, ça l'aurait été. Parce que dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. Dans la vraie vie, on laisse crever l'autre. C'est tellement plus grisant.

                        Passant devant la petite croix d'argent, tu hésite à la reprendre avec toi. Mais, finalement, tu te décide à l'offrir au bel inconnu nommé X. Te penchant, tes doigts la repêchèrent dans l'herbe dévastée. Puis, avec un élan exagéré, tu la lui lança non sans l'avoir préalablement hélé. Ton regard fixe sur sa silhouette si plaisante, en cet instant tu te foutais bien qu'il que monsieur puisse prendre ce geste tel le cadeau d'adieu de sa bien aimée. Après tout, t'assumais, tout. Même le plus niait.

                        « Tu devrais fais gaffe, les aiguilles tournent, lui lanças-tu tout en fixant le décompte s'activant au dessus du bel Apollon. Ton pas leste partant vers cette frontière périlleuse dont ce dernier s'était démené à t'éloigner, tu te demandas à quoi pouvais bien ressembler le tiens. D'engrenage. »

                        Maintenant, c'était à toi de jouer.

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                          Tendu tel un arc bandé, la plante de tes pieds à moins d'un mètre du vite, tu frémis. Tu t'agites de soubresauts si violents que tu as presque peur de basculer dans ce gouffre béant te berçant. Bêtement. Lâchement. Mais tu es humain, tu le sais, tu le sens : tu ne te laisseras pas crever en paix, pas comme ça, pas pour ça. Pourtant, t'es un gars bien fragile, mine de rien. Bien trop raccroché à ce que tu te tue à repousser si hargneusement. La vie, ta vie. Et, finalement, tout doucement, la peur s'installe. Se loge. Tu t'angoisses à l'idée du temps te filant entre les doigts. C'est pire que de l'eau, ce truc là. A jamais voué à l'admirer te filer entre les doigts. Mais ça ne te tuera pas par noyade, ça, non. Ça préfèrera te dévorer à petit feu. Te consumer, c'est tellement mieux... A cette pensée, tes phalanges encore endolories et poisseuses viennent se frotter les unes aux autres. Comme s'il te fallait une preuve tangible de l'existence de cet homme. Parce qu'après tout, était t-il seulement réel ? Tu en doutes. Tu divagues dans les méandres de tes songes et t'angoisses irréversiblement. Parce que peut-être n'est-ce là que le fruit empoisonné créé par ton subconscient malmené. Bien que tu ne puisses guère fermer les yeux faces à ce tumulte de sentiments fleurissants en ton sein par son entière responsabilité. A lui. Parce que c'est trop bon, trop grand. Trop, tout simplement.
                          Oui, quelques part, tu es bien le pire des masochistes quémandeur. Une vraie catin.

                          Tout doucement, tu le vois s'approcher à pas feutrés. Sa silhouette progresse irrémédiablement vers toi sans que tu ne puisses rien y changer. Tu ne sembles même plus apte à esquisser l'ombre d'un geste quelconque, tant tes tremblements sont puissants. Son monologue, réponse au tien, résonne au beau milieu de ton crâne usé et ne fait rien pour te calmer. C'est pire qu'une migraine carabinée, celles qui vous plombe vos journées. Et même si tout n'est que mensonge, même si tout n'est que vérité ; cet homme vient tout bonnement de te prouver à quel point ta petite vie sans une once d'intérêt n'est pas à plaindre. Parce que, lui, malgré son passé, ne se lamente pas et cherche encore moins le bonheur là ou il n'en trouvera pas. Et ça, ça te donne l'envie de gerber. Qui est t-il donc pour oser te juger ? Lui, lui, c'était lui. Et tu avouerais sans rechigner t'en branler bien profond de sa petite vie tout aussi peu reluisante que la tienne. Minable. Parce qu'il n'a pas eus à vivre le tiers de ce que tu te trimballe sur le dos. Parce qu'il n'est qu'un pauvre con et que tu n'es qu'un putain de narcissique. Tu ne peux pourtant pas t'empêcher de songer à tout ce qu'il vient de te fracasser à la gueule. Tu n'as pas l'énergie suffisante pour suivre la multitude d'hypothèses t'effleurant, mais tu ne peux t'esquiver face au nombre incalculable d'images - toutes plus poignantes émotionnellement parlant - t'assaillant. Et la tienne, d'image, celle du pauvre gars malheureux et mal dans sa peau, te semble s'être éclatée en une infinité de petits morceaux. Pire que tout, tu comprend que tu détiens alors un bien mauvais rôle dans toute cette farce. Et ça, c'est pire que tout.

                          Pourtant, au tréfonds de ton organe vital s'animant frénétiquement à un rythme bien trop haché, tu sens cette vague si agréable faire des remous. Tu ne peux guère nier le bien qu'une telle confession, même si forcée, te fait. Parce que lui, il t'as écouté. Parce qu'il s'est, quelque part, peut-être bien furtivement confié à ton vil petit être. Même si tu peux encore te leurrer à affirmer te foutre royalement de ce mec là, à quelques pas de toi, et de son passé animé. Et même si lui y voit qu'une façon de plus pour t'asservir un peu plus, pour toi, ça a une valeur inestimable.

                          Telle la première fois, le blondi continu son ascension de ton espace vital sans sembler vouloir se freiner. Et ça aussi, ça te bouffe d'angoisse, ça te ronge, ça t'épuise. Tu distingue clairement ce petit son guttural si particulier, te faisant tant triper, si sauvage, si dur ; remonter le long de ses cordes vocales. Ton esprit carbure à milles à l'heure et un unique mot semble te marquer bien mieux qu'un fer chauffé parmi toutes ces atrocités qu'il s'est donné la peine de t'énoncer. Alors, tout doucement, ta propre voix enrayée par ce mélange foireux de peur et de morosité, résonne pardessus le bruissement des vagues en contrebas.

                          « A-res ... ? »
                          Ton regard remonte le long de son corps avec une lenteur exagérée. Comme pour enregistrer une énième chaque détails de son être. Tu appréhendes, tu as mal. Tel ce petit animal sauvage se tuant à s'auto-préserver. Oui, tout n'avait jamais été plus que cela. Aussi horrifiant que ça puisse t'être, tu n'as jusque là réussis qu'à prouver les gènes animalisés noyant les tiens. Montrer les dents pour mieux se défendre, gerber son mal pour finalement plier. Quel être bien futile étais-tu donc ?
                          « C'est quoi ton putain de problème ? T'aimes pas la vie alors t'as décidé de te faire un kiffe en essayant de trouver le moyen le plus enivrant pour crever ? Fallais pas te fatiguer, t'sais. Si tu veux mourir, je suis tout à toi. Tu préfères quoi ? Mourir brûler vif, te rouler parterre de douleur ou tout simplement la bonne vieille méthode avec un flingue ou un coup de couteau bien placé ? Oh, non, tu sais quoi, j'ai encore mieux ! Je suis sûr que tu banderais comme jamais si je cognais ta gueule d'ange jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter, et à ce moment là, je redoublerais d'efforts pour te cogner encore plus fort. C'est ça que tu veux ? Crever par que ta petite vie de merde ne te convient plus ? »
                          Touché, coulé.
                          Quel vil personnage que voilà. Oser t'acculer devant le fait accomplit. Te pousser dans tes plus profond retranchements pour mieux te martyriser psychologiquement. Ne portait t-il donc pas le nom du héros aillant bravé vent et marées pour un simple sentiments d'amour futile et humain ? Pourtant, à tes yeux, il relève bien plus du héros en papier mâché, pareil au reste de cette saleté de vie. De monde. Une immondice de plus dans ce beau merdier. Que de la pacotille. Furtivement, tu le vois s'approcher un peu plus, te faisant suffoquer. Son souffle sur ta bouche, chaud, réveille en toi des frasques d'excitation pénible. Tu sais très bien que le fait que tes jambes te soutiennent encore relève de l’irréel. Pure chance. Sans les entendre clairement, tu vois ses lèvres tentatrices te susurrer quelques immondices encore en une caresse sur tes propres lips que tu ne t'avoueras jamais avoir provoqué. Non, jamais. Tu te refuses à céder. Alors, comme inconsciemment, ta main viens combler le peu de distance vous séparant d'un geste plus hésitant que jamais. D'une façon presque volatile, ta paume s'appose contre le torse chaud. Même ce simple touché réussi à te réchauffer. Mais tes tremblements sous toujours là, infiniment présents et, bien futilement, tu te tente à le repousser avec le peu d'entrain bandant encore tes membres. Loin, très loin.
                          Même si c'est un échec complet.

                          Une unique perle salée dévala ta joue, bientôt suivie de quelques autres.
                          Tu ne pus rien y changer.

                          « Cap de ? Lui répons-tu de ta voix étranglée. »
                          Finalement, ton esprit embrumé fait le lien entre le vide se lovant contre les talons de tes pieds nus, et son défit puéril. Osait t-il te sous-entendre de te suicider ? De te jeter dans cette immensité bleutée ? Bleutée comme ses iris te captivants si agréablement... Cela te sembla bien présomptueux de la part d'un connard prenant son pied à jouer les acrobates sur le fil de sa propre vie. Pourtant, esquissant l'ombre d'un sourire triste et décidé, ta grippe se durci sur le pauvre tissu malmené, attirant son corps contre le tien. Et, d'une inspiration nouvelle, tu te laisse sombrer en arrière avec la ferme intention de l'emmener dans ta perte.

                          « S'il doit en être ainsi, tu chuteras avec moi. Lui susurre tu à l'oreille, ton propre souffle dévalant sa nuque. »

                          Non.
                          Tu ne seras plus jamais seul.
                          Plus jamais.

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