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 GAMBLE&DECADENCE.

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Niwie en Or et Femme de BATMAN
Niwie en Or et Femme de BATMAN
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Messages : 410
Date d'inscription : 26/10/2009

MessageSujet: Spilling drinks on my settee    Dim 12 Jan - 16:56


Spilling drinks on my settee.
libre & ouvert à tous.






23:48,
Ton pas conquérant, rehaussé de tes talons aiguilles un poil élimé, prenait un malin plaisir à maltraiter les dalles accidentées du trottoir en cadence. Ton regard fatigué s'attarda un instant sur le ciel drapé d'un bleu nuit aux reflets mauves, à rendre le plus stupide des hommes infiniment plus philosophique et poétique. Malgré la pollution lumineuse de cette ville surpeuplée, quelques étoiles s'évertuaient à briller ci et là, créant des repères agréables pour les yeux égarés. Pareils à d'infimes points d'accroche, sur lesquels l'on pouvait errer un instant ; avant de devoir se replonger dans cette vague humaine massive et informe, grouillant au sol. Dans ce trémolo, où ta propre silhouette, pourtant bien singulière, se fondait dans la masse comme une évidence même. Une parmi tant d'autres. Rien de bien renversant, ni de grandement reluisant, entre autre.

Cela faisait un bon moment déjà, que la nuit était tombée sur les quartiers et que tu t'évertuais à fendre la foule. Mais tu n'avais guère eus d'autres choix, que celui de te retrouver là à pareille heure de la nuit. Ton modeste frigo, parfaitement aligné avec le reste de la déco de la cuisine de ton petit appartement, n'avait eut de cesse de crier famine depuis trois longs jours déjà. Et tu savais bien que si tu ne prenais pas la peine d'y remédier maintenant, tu risquais fort de faire traîner le problème pendant encore un long moment. Il est tellement plus simple d'éviter les soucis et de reporter les tâches ingrates au lendemain. Puis au surlendemain. Mais ces pratiques là ne réglaient jamais le nœud central du problème. Et ton frigo, en cet instant, restait invariablement vide. Aussi, même malgré toutes les petites excuses pour le moins réfutables et idiotes, ainsi que le manque cruel d'envie t’assaillant ; tu t'étais enfin persuader à remplir cette corvée comme il se devait. Ne serait-ce que pour éviter un énième dîner au restaurant du coin, faisant fondre tes économies comme neige au soleil.

La journée avait été dure et éprouvante pour toi aussi, petite réceptionniste d'une grande entreprise d'automobile. La plus populaire, en vérité. Tu en avais vu, des clients, s'agglutiner face aux voitures de luxe proposées à des prix exorbitant et qui aurait pu t'éviter des années de courses éreintantes. Mais tu n'étais pas payée pour juger, ni même pour réfléchir en vérité. Tu n'étais qu'une femme plutôt bonasse dans son costume élégant de secrétaire. Avec ton sourire charmeur et tes formes exquises. Mais l'ère d'aujourd'hui ne rimait plus qu'avec ça : esthétisme. Et tu ne dérogeais guère à la règle. Néanmoins, tu n'étais pas peu fière de ce boulot pas plus ingrat qu'un autre, te permettant de vivre agréablement ta petite vie de célibataire endurcie.

L'esprit un peu revêche, tes chevilles semblant te crier leur haine à chaque pas ajouté, tu continuas interminablement ton ascension vers la gare. Finalement, tu n'en avais pas eut pour très cher, seulement quelques éléments de premières nécessité. Pas de quoi remplir plus de deux sacs plastiques, en vérité. Mais tu n'étais pas peu fière de ces derniers, se trémoussant au bous de tes bras graciles. Même malgré l'heure avancée, la foule ne désemplissait pas, irritant tes nerfs dores et déjà échauffés par le boulot. Tu aurais donné cher pour choper un train pas trop bondé. Ne plus avoir à donner de coups de coude pour fendre l'amas humain, et pouvoir rentrer chez toi pour pauser ton petit cul sur ton petit divan confortable. Mais Chidoya avait beau être l'un des quartiers les plus proches de ton lieu de travail, il n'en était pas moins à des années lumières de ta résidence. Et tu savais que le reste de ta petite aventure du soir était loin de toucher à son terme.

Accélérant l'allure, tu fouillas dans ton sac à main dans l'espoir de mettre la main sur ton titre de transport. Les portiques de sécurités semblait te narguer alors que l'écran ne cessait de faire clignoter la même phrase depuis un moment déjà : « train à quai ». Tu n'allais tout de même pas baisser les bras face à l'adversité. Même aussi illusoire fut t-elle. Et, inspirant un grand coup, tu fis ce que tu n'avais plus tenter depuis des années déjà.

Ton sang tambourina contre tes tempes sous l'effet de l'adrénaline.
D'une simple main sur l'épaule, tu accosta la première silhouette passant par là.

« A-attendez ! Excusez-moi, mais me serait-il possible de passer avec vous ? J'ai égarée ma carte, et j'aimerais bien ne pas avoir à attendre le prochain trame ! »

Ton timbre mal-assuré flancha sur la fin. A vingt-neuf ans, tu ne faisais guère plus parti des ces rebelles dans la fleure de l'âge appréciant flirter avec l'l’illégalité et la fraude. Mais l'attente interminable d'une prochaine navette à pareille heure de la nuit, avait de quoi pousser toute bonne femme à la faute. N'est-ce-pas ?


codage par langweilen sur apple-spring


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    Le soleil trônait haut dans le ciel dégagé. Il ne faisait pourtant pas très chaud à l'extérieur, mais la brise fraîche était tout ce qu'il y avait de plus agréable en cette saison. Il ne devait pas être plus de treize heures cinquante, et déjà tu augmentas l'allure en espérant ne pas être en retard. En réalité, tu n'étais jamais en retard nul part. Tu prenais juste un malin plaisir à avoir de l'avance sur tout. Comme pour te rassurer en cas d'imprévu. Certains trouvaient ça dérangeant, notamment lorsqu'ils étaient eux aussi conviés au même rendez-vous sans faire preuve, forcément, de la même ponctualité que toi. Pourtant, ça te permettait tout bonnement d'avoir l'esprit tranquille.

    Nous devions bien être lundi et fidèle à toi-même, tu t'étais revêtue d'un magnifique tailleur te saillant à la perfection. Pour cause, tu l'avais fait faire sur mesure, dans des tons bleuâtres très élégants et refaisant ressortir à la voix l'émeraude de tes lentilles de contacts et le blond chimique de ta chevelure soignée. Tes escarpins semblaient prendre un malin plaisir à cliqueter contre les divers revêtements de sols s'étendant sous eux. C'était de loin ta tenue favorite, et elle t'avait par ailleurs valu un bras. Mais tu étais fière du résultat et de l'allure que tout ce superficiel te donnait. Une vraie hôtesse, ainsi vêtue, avec ton carré de soie enserrant délicatement ton cou gracile. Pas un seul faux-plis ne venait casser ce dessin, le tissus épousant tes formes harmonieuses avec plus d'aisance même que toutes ces jupettes trop courtes en vogue chez les jeunes d'aujourd'hui. Tu étais réceptionniste. Et un tel métier t'obligeait à ce type de formalité. Après tout, tu représentait l'image même d'une entreprise. Tu étais là pour être vue.

    Ce matin, un peu plus tôt dans la journée, tu avais pris le temps de pauser ton après-midi, pour des soucis de formalités administratives. Ça aussi, c'était compté dans les 2 000€ net que tu touchais à chaque fin de mois. Et tu aurais peut-être été plus encline à répondre à cette tâche si le quartier de Chiyoda n'était pas une telle merde pour les automobilistes. La marche rapide, perchée sur vingt centimètres de talons, n'avait rien de jouissif. Vraiment. Mais le boulot, toujours le boulot. Et, déjà, la monstrueuse installation centrale de Motors District se dressait sous tes petits yeux plissés par le soleil.

    Inspirant un grand coup, tu finis le chemin te séparant du hall principal à grandes enjambées vives. Le bruit crissant de tes chaussures sur le marbre impeccable de la pièce te vrilla les tympans ; alors que tu t'usais à essayer de ne pas glisser. Une rapide présentation à l'hôtesse d'accueil, un sourire professionnel et quelques minutes plus tard, te voilà repartie vers les ascenseurs s’alignant quelques mètres plus loin. Tout, absolument tout semblait suer la richesse et l'aisance. Mais il ne fallait pas en attendre moins d'une entreprise reconnue mondialement pour son travail de qualité. Bien évidemment.

    Esquissant un regard vers ta montre pimpante, tu t'accordas un détour vers les toilettes des femmes, pour une retouche finale. Pas que tu en eut réellement l'utilité, ce n'était là qu'une façon parmi tant d'autres de s'assurer que tout irait bien. Tu n'étais pas forcément essentielle à l'entreprise. Même malgré ton propre travail, ma foi, de qualité, il était aisé de changer une réceptionniste pour une autre ; toujours plus jeune, toujours plus jolie. Un léger stress fit alors son apparition, comme sortit de nul part. Tu appréhendais un putain de rendez-vous minable pour parler affaire et chiffres. C'était d'un ridicule. Et pourtant.

    Ramenant une mèche à peine négligée, à l'ensemble de ton chignon élaboré avec soin et précision, tu pris enfin la direction des ascenseurs. Un index sur le bouton des étages, une œillade en biais te fis stopper ton geste. En effet, un jeune homme se dirigeait vers les ascenseurs et semblait par ailleurs résolu à prendre le premier disponible. Ta politesse te rattrapa au galop, alors que tu bloquais les portes pour lui laisser le temps de te rattraper. En parfaite impatiente, tu détestais outrageusement le fait même d'avoir à laisser s'écouler le temps sans but précis. Alors attendre un ascenseur, non merci.

    Et il se trouvait que tu étais le genre de femme à ne pas faire subir aux autres ce que tu n'acceptais pas toi-même.

    Poliment, tu lui demandas :
    « Quel étage ? »

    Son allure singulière t'arracha un fin sourire.


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      Dix-neuf heures.
      Dans le noir de cette fin d'après-midi pluvieuse, la blondeur de ta tignasse relevée en un chignon sophistiqué, semblait jurer avec le reste de la civilisation. Cela devait bien faire une heure, tout au plus, que tu avais finis ton service de réceptionniste. Fidèle à toi-même et tête en l'air comme tu l'étais, tu n'avais pas jugée bon de faire un détour vers ton casier personnel. Pourtant, à cet instant, tu n'aurais pas crachée sur un parapluie, ni même sur un imperméable ; aussi démodé soit-il. Tout, tout était bon, plutôt que d'avoir à supporter ces bourrasques tempétueuses ravageant tout sur leur passage, et notamment ton magnifique tailleur que tu t'étais tuée à repasser la veille. Voilà de quoi dissuader quiconque d'un minimum sensé, de mettre ne serait-ce qu'un orteil dehors. Tous ; sauf toi. Et te voilà bravant la tempête, perchée du haut de tes escarpins malhabiles face aux dalles inégales et glissantes par la pluie. Tu aurais donnée cher pour pouvoir te téléporter à la minute près sur ton beau sofa, au chaud, chez toi. Il te semblait même que l'air ambiant prenait un malin plaisir à maltraiter chacune des parcelles découvertes de ton épiderme laiteux.  En moins de cinq minutes, tu te retrouvas dégoulinante, plus gorgée de pluie qu'une éponge délaissée à son compte dans un coin humide. La vue de ton chemisier te faisant comme une seconde peau t'arracha une grimace de pur dégoût, alors que, prenant un soin démesuré à tenter d'esquiver les chutes, tu te décidas enfin à t'abriter sous une devanture quelconque. De là où tu étais, tu pouvais pleinement discerner la lumière vive des cafés et le brouhaha incessant des métros non loin. Tu n'aurais pas été contre un thé pris au sec, ou bien même un vers de whisky, mais une petite voix n'avait de cesse de te narguer qu'avec un dégaine pareille, tu ne passerais sans doute jamais aucune porte, hormis celle de ton petit appartement ; à trois stations de là. Rien de bien enchanteur, entre autre. Dans tous les cas, tu étais certaine de te réveiller le lendemain avec la grippe, ou un rhume dans le meilleur des cas. Tu aurais donnée beaucoup pour une douche bien chaude. Mais le vent dont la fureur venait de se décupler, te dissuada de tenter tout percée vers les lumières vives de la gare. Si ce n'était plus pour tes fringues, c'était au moins pour toi-même. Après tout, ce n'était pas ton poids plume qui allait tenir tête à la tempête. Et te ridiculiser en public un peu plus n'était pas forcément une idée alléchante. Loin de là, même. Tu t'estimais heureuse de ne pas t'être cassée une cheville, déjà.

      Soupirant un instant, tu pris le temps d'observer les alentours. Les rues se désemplissaient de cette foule quotidienne, alors que les derniers malchanceux pressaient le pas sous la pluie. Quelques idiots, surement en attente d'un rendez-vous plus ou moins galant, attendaient comme toi, sous tout ce qu'ils jugeaient de suffisamment abritant. Au moins, tu n'étais pas la seule à avoir été prise au dépourvu. Brusquement, une gerbe d'eau atteignit ta joue, détournant ton regard du spectacle. Une silhouette élancée et svelte, te dépassant de vingt bons centimètres, venait d’apparaître à tes côtés. Un léger frisson te parcourra alors que, les sourcils froncés, tu dévisageais le nouveau venu. Ton regard accrocha tout d'abord à la fourrure de son manteau que tu présumait masculin par habitude, avant de dévier vers les traits fins et inexpressifs de son visage droit. Prostrée ainsi à côté de lui, un sentiment d'infériorité dû à cette bonne demie tête qu'il avait de plus que toi, te perfora l’œsophage. Ce que tu pouvais détester ça. Te sentir vulnérable. Une mèche rebelle aux reflets violacés attira ton regard un instant. Aussi idiot que cela aurait pu paraître, tu aurais jurée l'avoir déjà rencontré quelque part. Tu n'aurais su expliquer le pourquoi du comment, mais quelque chose d'infime chez lui te soufflait qu'il ne t'était pas si étranger que tu le pensais. Peut-être était-ce simplement l'un des effets de son allure peu commune. Ou alors peut-être était-ce là les premiers signes de fatigue.

      Toujours est-il que son regard croisa le tiens, te prenant au dépourvu. Ses iris étaient d'un très beau bleu. D'un bleu tout sauf commun pour un Japonais. Était-ce donc un étranger ? Déglutissant doucement, tu laissas échapper un truc débile, comme pour casser le silence te pesant.

      « Sacré temps, n'est-ce-pas ? »

      Ton regard déviant du sien, tu t'arrachas en un sourire poli, pour la forme.


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